Seni anlatabilmek seni.
İyi çocuklara, kahramanlara.
Seni anlatabilmek seni,
Namussuza, halden bilmeze,
Kahpe yalana.
Ard- arda kaç zemheri,
Kurt uyur, kuş uyur, zindan uyurdu
Dışarda gürül- gürül akan bir dünya...
Bir ben uyumadım,
Kaç leylim bahar,
Hasretinden prangalar eskittim.
Saçlarına kan gülleri takayım,
Bir o yana
Bir bu yana...
Seni bağırabilsem seni,
Dipsiz kuyulara.
Akan yıldıza.
Bir kibrit çöpüne varana.
Okyanusun en ıssız dalgasına
Düşmüş bir kibrit çöpüne.
Yitirmiş tılsımını ilk sevmelerin,
Yitirmiş öpücükleri,
Payı yok, apansız inen akşamdan,
Bir kadeh, bir cigara, dalıp gidene,
Seni anlatabilsem seni...
Yokluğun, Cehennemin öbür adıdır
Üşüyorum, kapama gözlerini...
AHMED ARİF
Toi, pouvoir te raconter, toi,
Aux petits bonhommes et aux braves.
Pouvoir te raconter, toi,
Aux salauds, à l'insensible
et perfide mensonge.
Combien d'hivers écoulés,
Loups, vautours et geôles, tous en hibernation.
Dehors, un monde à grands flots...
Seul moi, j'étais éveillé,
Des printemps durant, ma belle nocturne,
Et j'ai tant langui de toi que mes fers s'en sont usés.
Laisse-moi t'accrocher des robes de sang à ta chevelure
De part
Et d'autre...
Si je pouvais te crier, toi,
Aux puits sans fond,
A l'étoile filante,
Au naufrage d'une brin d'allumette,
Un brin porté par la vague
La plus solitaire de l'océan.
A ceux qu'abandonne la magie des premiers amours,
A ceux que délaissent les baisers,
A ceux que n'accueille guère la tombée subite du soir,
A ceux qui s'engouffrent dans un verbe et la fumée,
Pouvoir te raconter, toi.
Ton absence, c'est l'autre nom de la Géhenne
Je caille, ne me clos pas tes pupilles...

Ahmet Arif est né en 1927 à Diyarbakır et est décédé en 1991 à Ankara. Il a été emprisonné à plusieurs reprises dans les années cinquante, n'a pu terminer ses études supérieures de philosophie et a travaillé comme correcteur et secrétaire dans les journaux d’Ankara. Il n’a publié qu’un seul recueil de poèmes constamment réédité :
Hasretinden Prangalar Eskittim [Celle pour qui j’ai usé mes fers] en 1968. Sa correspondance avec Cemal Süreyya a été éditée en 1992.
« II n’est pas d’Istanbul. Il a le visage d’un ascète, d’un martyr espagnol. Les mots de ses poèmes sont des cailloux patinés par les torrents de haute montagne. Il est tendu, concentré, têtu. La poésie, pour lui, c’est ce qui reste sur le terrain après le combat. » (Abidine Dino, Europe, 1983).